Coprophagie du chien : ce que disent vraiment les études
16% des chiens pratiquent la coprophagie régulièrement. Souvent embarrassant, parfois inquiétant, ce comportement est pourtant mieux compris qu'on ne le croit. Spoiler : les produits "miracle" affichent un taux de succès de... 0 à 2%.
Coprophagie du chien : l'essentiel
16% des chiens mangent des excréments régulièrement. Ce comportement serait un instinct ancestral, pas un trouble alimentaire.
Un comportement... normal ?
La coprophagie, c'est le fait de manger des excréments - les siens, ceux d'autres chiens, ou d'autres espèces. Avant de paniquer : c'est un comportement naturel dans certains contextes.
Les chiennes allaitantes nettoient les excréments de leurs chiots pendant les premières semaines. Les chiots, eux, explorent le monde par la bouche - et ça inclut parfois des choses... peu ragoûtantes. Chez l'adulte, par contre, on considère généralement que ce n'est plus "normal".
L'hypothèse évolutive (la plus solide)
Source : Hart et al., 2018
Une étude de l'Université UC Davis a observé que 85% des chiens coprophages préfèrent les selles fraîches (moins de 2 jours). Pourquoi cette préférence étrange ?
L'hypothèse : ce serait un comportement hérité des loups. Dans les tanières, éliminer rapidement les excréments empêchait les larves de parasites d'éclore (elles ont besoin de plusieurs jours). En mangeant les selles fraîches, les ancêtres des chiens protégeaient leur groupe. Malin, non ?
Ce que ça change : Si cette hypothèse est vraie, la coprophagie ne serait pas un "problème de comportement" mais un instinct ancestral. Ce qui explique pourquoi c'est si difficile à corriger.
Carences alimentaires : le mythe
C'est souvent la première explication qu'on entend : "Il lui manque quelque chose dans son alimentation". Environ un tiers des propriétaires y croient.
Sources : Beynen, 2020 · Vendramini et al., 2022
Sauf que... aucune étude n'a confirmé ce lien chez les chiens correctement nourris. L'étude Vendramini (12 chiens, Université de São Paulo) n'a trouvé aucune différence de digestibilité entre chiens coprophages et non-coprophages.
Et la carence en vitamines B ?
Source : Read & Harrington, 1981
Une étude a montré que des beagles carencés en thiamine (vitamine B1) développaient une coprophagie. Mais attention au contexte : c'était une carence induite expérimentalement, avec un régime extrêmement pauvre.
Chez un chien nourri avec une alimentation commerciale complète (croquettes ou pâtée), cette carence est "hautement improbable" selon les chercheurs.
Exception : l'IPE (Westermarck & Wiberg, 2012)
L'insuffisance pancréatique exocrine (IPE) - quand le pancréas ne produit plus assez d'enzymes pour digérer - est une vraie cause médicale documentée. Si la coprophagie s'accompagne de perte de poids, diarrhée chronique et selles volumineuses, une consultation vétérinaire s'impose. Le diagnostic passe par une prise de sang spécifique (dosage TLI).
Qui sont les chiens concernés ?
Source : Hart et al., 2018 (n=1552 chiens)
Cette étude a identifié des facteurs de risque clairs. Le plus frappant : le comportement "glouton".
Les mangeurs gloutons en tête
51% des chiens décrits comme "gloutons" pratiquent la coprophagie, contre seulement 28% des autres. C'est le facteur le plus fortement corrélé.
Si tu as un Labrador, ça te parle peut-être : cette race a souvent une particularité génétique qui perturbe le signal de satiété - ils ne sentent pas qu'ils ont assez mangé. Un Labrador sur cinq serait concerné.
Autres facteurs identifiés
Sources : Hart et al., 2018 · van der Borg & Graat, 2006
- Femelles : plus concernées que les mâles
- Chiens qui mangent vite : 17.7% vs 8.6% (mangeurs lents)
- Présence d'un cohabitant coprophage : l'apprentissage social joue
- Comportements compulsifs : les chiens qui chassent leur queue ou les ombres (des TOC canins) sont plus souvent coprophages
Stress et ennui ? C'est souvent mentionné, mais l'étude Hart 2018 n'a trouvé aucune corrélation significative avec l'environnement, le mode de vie ou l'anxiété. Les données sont contradictoires sur ce point.
Les races les plus concernées
Toutes les races ne sont pas égales face à la coprophagie. Deux études ont identifié des prédispositions, avec des résultats différents.
Étude Hart 2018 (1552 chiens, USA)
- Shetland Sheepdog : 41% de coprophages, soit plus du double de la moyenne (17%)
- Terriers et Hounds : groupe le plus coprophage globalement
- Caniches : 0% - l'exception notable
Étude van der Borg 2006 (Pays-Bas)
- Retrievers : 18.3% vs 10.3% pour les autres races
Facteur génétique ?
Cette prédisposition pourrait s'expliquer par une mutation génétique fréquente chez le Labrador, qui perturbe la sensation de faim. Pour les Shetlands, aucune explication génétique n'a encore été identifiée.
Le cas des crottes de chat
Si tu as un chat à la maison, tu as peut-être remarqué : la litière exerce une attraction irrésistible sur certains chiens. Ce n'est pas un hasard.
L'alimentation pour chat est plus riche en protéines et en graisses que celle pour chien. Résultat : les selles de chat sont plus odorantes et plus "appétissantes" pour un chien.
Attention aux faux diagnostics
Source : Nijsse et al., 2014
Une étude a révélé un souci inattendu : 49% des diagnostics positifs à un ver intestinal (Toxocara) chez le chien étaient des faux positifs. Le chien n'était pas infecté - il avait juste mangé des crottes de chat contenant des œufs du parasite félin.
Si ton chien a accès à une litière, pense à le mentionner au véto lors d'une analyse de selles.
Toxoplasmose : Le chat est le seul hôte où ce parasite se reproduit. Un chien qui mange des crottes de chat peut s'infecter. Chez les adultes sains, ça passe souvent inaperçu. Chez les chiots ou chiens immunodéprimés, ça peut être plus sérieux.
Les risques sanitaires
Au-delà du dégoût, la coprophagie présente de vrais risques pour la santé du chien - et potentiellement pour les humains du foyer.
Parasites transmissibles par les selles
- Toxocara canis (ascaris) : ver intestinal le plus fréquent, peut migrer vers les yeux chez l'humain
- Ankylostomes : sucent le sang intestinal, dangereux pour les chiots
- Trichures : affectent le gros intestin
- Giardia : parasite microscopique, certaines formes sont transmissibles à l'humain
- Coccidies : particulièrement problématiques chez les chiots
Risque pour les humains
Selon le CDC américain, environ 750 cas de larva migrans oculaire (Toxocara) sont diagnostiqués chaque année aux États-Unis. Cette infection peut causer une cécité partielle ou totale. La vermifugation régulière et le ramassage immédiat des selles restent les meilleures préventions.
Ce qui marche (et ce qui ne marche pas)
Source : Hart et al., 2018
Autant le dire tout de suite : il n'existe pas de solution miracle. Cette étude a testé l'efficacité de 11 produits commerciaux anti-coprophagie. Résultat : 0 à 2% de succès.
Les produits commerciaux
L'étude a testé 11 marques différentes de produits anti-coprophagie. Résultat : les témoignages sont décevants et les données scientifiques aussi. Hart et ses collègues concluent : "La coprophagie n'a pas été significativement modifiée par aucun des produits testés."
Les "remèdes maison"
Ananas, citrouille, attendrisseur de viande, levure de bière... Ces remèdes circulent beaucoup, mais aucun n'a été validé par des études contrôlées. Ce qui ne veut pas dire qu'ils ne fonctionnent jamais - juste qu'on n'a pas de preuve.
Ce qui fonctionne vraiment
La seule méthode documentée comme efficace est aussi la plus simple : empêcher l'accès aux selles. Concrètement :
- Ramassage immédiat des excréments (jardin, promenade)
- Surveillance lors des sorties
- Litière du chat inaccessible (pièce fermée, bac surélevé ou couvert)
Bonne nouvelle : Si ce comportement vous dérange mais que votre chien est en bonne santé, c'est avant tout un problème... esthétique. Les chiens coprophages ne sont pas "malades" - ils ont juste gardé un instinct ancestral.
Pour les bases : Les besoins nutritionnels du chien
Quand consulter ?
La coprophagie seule n'est généralement pas un motif d'urgence. Mais certains signes associés méritent une consultation :
- Perte de poids inexpliquée malgré un bon appétit
- Diarrhée chronique ou selles anormalement volumineuses
- Polyphagie (faim excessive, le chien semble affamé en permanence)
- Flatulences importantes et selles grasses, brillantes
Ces signes peuvent évoquer une insuffisance pancréatique exocrine (IPE) - la seule cause médicale clairement documentée de coprophagie. Le diagnostic passe par un dosage sanguin (TLI) et le traitement repose sur des enzymes pancréatiques de substitution.
Parasites : Une analyse des selles annuelle permet de détecter d'éventuelles infections parasitaires, surtout si le chien a accès aux selles d'autres animaux.
Sources scientifiques
Cet article s'appuie sur 7 études publiées dans des revues à comité de lecture.
- Hart B.L. et al. (2018) - The paradox of canine conspecific coprophagy
- Vendramini T.H.A. et al. (2022) - Evaluation of the Influence of Coprophagic Behavior on the Digestibility of Dietary Nutrients
- Beynen A.C. (2020) - Diet and canine coprophagy
- Read D.H. & Harrington D.D. (1981) - Experimentally induced thiamine deficiency in beagle dogs: clinical observations
- Nijsse R. et al. (2014) - Coprophagy in dogs interferes in the diagnosis of parasitic infections by faecal examination
- Westermarck E. & Wiberg M. (2012) - Exocrine pancreatic insufficiency in the dog: historical background, diagnosis, and treatment
- van der Borg J.A.M. & Graat L. (2006) - Pilot study to identify risk factors for coprophagic behaviour in dogs