Labrador Retriever : ce que la génétique nous apprend
Le Labrador a la réputation d'être un estomac sur pattes. Et si ce n'était pas qu'une question de gourmandise ? Des chercheurs de Cambridge ont découvert qu'une partie de ces chiens est génétiquement programmée pour avoir faim en permanence.
Labrador Retriever : l'essentiel
Race très étudiée en génétique canine. Plusieurs particularités expliquent pourquoi le Labrador grossit si facilement.
Le gène POMC : pourquoi il a toujours faim
Une découverte récente. En 2016, des chercheurs de l'Université de Cambridge ont identifié une mutation génétique qui explique pourquoi certains Labradors semblent avoir un appétit insatiable. Chaque chien hérite de deux versions de chaque gène (une de chaque parent), et parfois l'une d'elles est "différente" - c'est ce qu'on appelle une mutation.
Le gène POMC produit normalement des hormones qui signalent au cerveau "stop, j'ai assez mangé". Chez les Labradors porteurs de la mutation, un petit bout de ce gène est manquant - et le signal de satiété (la sensation d'avoir assez mangé) ne passe plus correctement.
Combien de Labradors sont concernés ?
Sources : Raffan et al., 2016 · Dittmann et al., 2024
- ~25% des Labradors portent cette mutation (1 sur 4)
- 76% des Labradors d'assistance (sélection involontaire : ils sont plus motivés par les friandises)
- Une seule version mutée suffit pour avoir un effet - et si le chien en a hérité des deux parents, l'effet est amplifié
Un double effet (découverte 2024)
Source : Dittmann et al., 2024
Une étude plus récente a révélé que ce n'est pas seulement une question de faim :
- Faim accrue entre les repas : Le chien ne mange pas plus à chaque repas, mais ressent une faim constante entre les repas
- Métabolisme réduit de 25% : Les chiens porteurs brûlent environ 25% de calories en moins au repos, même sans rien faire
Autrement dit : Ces chiens ont plus faim ET brûlent moins de calories. La prise de poids n'est pas qu'une question de "mauvaises habitudes" - il y a une vraie base biologique.
Cette mutation est l'une des rares exceptions génétiques documentées en alimentation par race chez le chien.
À savoir : Ce comportement "glouton" est aussi fortement associé à la coprophagie (le fait de manger des excréments). Une étude montre que 51% des chiens gloutons pratiquent la coprophagie, contre 28% chez les autres.
L'effet sur le poids
Des chiffres concrets. L'étude de Cambridge a mesuré l'impact de cette mutation sur le poids des Labradors.
Impact mesuré
Source : Raffan et al., 2016
En moyenne, les Labradors porteurs de cette mutation pèsent environ 2 kg de plus que les non-porteurs, à alimentation équivalente.
Une particularité du Labrador
Cette mutation n'a été trouvée que chez le Labrador et le Flat-Coated Retriever. Plus de 40 autres races ont été testées : toutes négatives.
Chez le Flat-Coated Retriever, c'est encore plus fréquent : environ 66% des chiens portent la mutation.
À noter : Les tests génétiques pour cette mutation existent. Savoir si son chien est porteur peut aider à adapter ses attentes et son suivi.
La couleur de robe compte-t-elle ?
Une observation inattendue. Une étude britannique portant sur plus de 33 000 Labradors a mis en évidence une différence de longévité selon la couleur de robe.
Durée de vie observée
Source : McGreevy et al., 2018
| Couleur | Durée de vie typique (médiane) |
|---|---|
| Noir ou jaune | 12,1 ans |
| Chocolat | 10,7 ans (−1,4 an) |
Plus de problèmes cutanés et auriculaires
| Problème | Robe chocolat | Robe noire |
|---|---|---|
| Otites externes | 23,4% | 12,8% |
| Irritations de la peau (hot spot) | 4× plus fréquent | — |
Hypothèse (non prouvée) : Pour avoir un chien chocolat, les deux parents doivent porter le gène de cette couleur. Du coup, les éleveurs font parfois reproduire des chiens de la même famille entre eux. Ça pourrait concentrer des gènes qui favorisent les problèmes de peau - mais c'est une hypothèse, pas une certitude.
Le "collapse" à l'effort (EIC)
Un problème méconnu. Certains Labradors s'effondrent après un exercice intense - c'est ce qu'on appelle un "collapse" (effondrement soudain). Ce n'est pas de la fatigue normale : c'est une condition génétique (EIC en anglais, pour "Exercise-Induced Collapse").
La cause
Sources : Patterson et al., 2008 · Minor et al., 2011
Une mutation du gène DNM1. C'est héréditaire : il faut avoir hérité des deux versions mutées (une de chaque parent) pour être à risque.
Quelle proportion ?
- Porteurs (une seule copie, pas de symptômes) : 18% à 38% selon la lignée
- À risque (deux copies) : 2% à 14%
- Parmi ceux à risque, 84% ont eu un épisode de collapse avant 4 ans
Les symptômes
- Apparaît généralement vers 12 mois
- Apparaît après 5-20 min d'exercice intense
- Faiblesse des pattes arrière d'abord
- Le chien reste conscient
- Récupération rapide : 5-25 minutes
Important : Des cas de décès ont été rapportés (rares). Un test génétique existe pour identifier les porteurs.
Dysplasie de la hanche et du coude
Un problème de grandes races. La dysplasie, c'est quand une articulation (hanche ou coude) ne se forme pas correctement pendant la croissance. Résultat : l'os "frotte" mal dans son logement, ce qui provoque douleur et arthrose avec le temps. Le Labrador fait partie des races les plus touchées.
Quelle proportion ?
Sources : données OFA (prévalence) · Lewis et al., 2011 (héritabilité)
| Type | Proportion |
|---|---|
| Dysplasie de hanche | 11,5% - 12,6% |
| Dysplasie du coude | 10,2% - 17,8% |
Part génétique vs environnement
La génétique compte, mais pas seulement. Les études estiment que l'environnement (dont l'alimentation) joue un rôle majoritaire dans le développement de la dysplasie.
Un facteur nutritionnel documenté
Source : Kealy et al., 1992
Une étude sur des Labradors a comparé deux groupes : des chiots nourris à volonté, et des chiots dont l'alimentation était contrôlée (25% de moins). Résultat : moins de dysplasie de hanche dans le groupe aux rations contrôlées. Certains compléments pour les articulations du chien sont aussi étudiés comme soutien articulaire.
Pour en savoir plus sur les compléments articulaires : Glucosamine chien : articulations
Autre piste pour les articulations : les oméga-3 chez le chien (études sur l'arthrose)
Prédispositions et protections
Pas que des mauvaises nouvelles. Une grande étude britannique a comparé les Labradors à d'autres races. Résultat : certaines pathologies sont plus fréquentes, d'autres sont moins fréquentes.
Plus fréquent chez le Labrador
Source : Pegram et al., 2021
Le tableau indique combien de fois plus (ou moins) fréquent c'est chez le Labrador par rapport aux autres races.
| Problème de santé | Fréquence comparée |
|---|---|
| Arthrose | 2,83× |
| Lipome (tumeur graisseuse bénigne) | 2,45× |
| Toux du chenil | 2,27× |
| Coupures et blessures | 2,16× |
| Raideur | 2,08× |
Moins fréquent chez le Labrador
| Problème de santé | Fréquence comparée |
|---|---|
| Rotule qui se déboîte | 5× moins |
| Souffle cardiaque | 5× moins |
| Infestation de puces | 4,5× moins |
| Dent de lait retenue | 3,5× moins |
| Problèmes de gencives | 2× moins |
Les 3 problèmes les plus fréquents chez le Labrador selon VetCompass : otite externe (10,4%), obésité, arthrose.
Perte progressive de la vision (prcd-PRA)
Une perte progressive de la vision. Le Labrador fait partie des races touchées par cette maladie héréditaire qui affecte la rétine.
Quelle proportion ?
Source : OptiGen via Purina Pro Club, 2011
- Chiens sains : 74%
- Porteurs (une copie, pas de symptômes) : 23%
- Affectés (deux copies) : 2%
Évolution
- Perte progressive : vision nocturne d'abord, puis diurne
- Cécité nocturne typique vers 4-6 ans, cécité totale vers 6-8 ans
- Pour être atteint, il faut hériter de deux copies du gène muté
Tests disponibles : Des tests ADN permettent de savoir si un chien est porteur. Utile pour les éleveurs et pour anticiper d'éventuels problèmes de vision.
Obésité et diabète : pas de lien établi
Contrairement à l'humain. Chez l'humain, l'obésité est un facteur de risque majeur du diabète de type 2. On pourrait penser que c'est pareil chez le chien - mais ce n'est pas ce que montrent les études.
Une étude a spécifiquement recherché un lien entre la mutation POMC (celle qui cause l'appétit insatiable) et le diabète chez le Labrador.
Résultat
Source : Davison et al., 2017
Aucune association n'a été trouvée (P = 0,31). Les Labradors porteurs de la mutation POMC ne semblent pas plus à risque de développer un diabète.
Ce qu'on retient : Le lien obésité-diabète, bien établi chez l'humain, ne s'applique pas de la même manière au chien. Attention à ne pas extrapoler d'une espèce à l'autre.
Ce qu'il faut retenir
Le Labrador est un cas d'école de génétique canine. Plusieurs de ses particularités sont très bien documentées scientifiquement.
| Particularité | Proportion | Test dispo ? |
|---|---|---|
| Mutation POMC (appétit) | ~25% | Oui |
| EIC (collapse effort) | Porteurs : 18-38% | Oui |
| prcd-PRA (vision) | Porteurs : 23% | Oui |
| Dysplasie hanche | 11-13% | Radio |
| Dysplasie coude | 10-18% | Radio |
Pour les bases nutritionnelles : Les besoins nutritionnels du chien
Sources scientifiques
Cet article s'appuie sur 10 études publiées dans des revues à comité de lecture.
- Raffan E. et al. (2016) - A Deletion in the Canine POMC Gene Is Associated with Weight and Appetite
- Dittmann M.T. et al. (2024) - Low resting metabolic rate and increased hunger due to β-MSH and β-endorphin deletion
- McGreevy P.D. et al. (2018) - Labrador retrievers under primary veterinary care in the UK
- Patterson E.E. et al. (2008) - A canine DNM1 mutation is highly associated with exercise-induced collapse
- Minor K.M. et al. (2011) - Presence and impact of the exercise-induced collapse associated DNM1 mutation
- Pegram C. et al. (2021) - Disorder predispositions and protections of Labrador Retrievers in the UK
- Lewis T.W. et al. (2011) - Canine hip and elbow dysplasia in UK Labrador retrievers
- Kealy R.D. et al. (1992) - Effects of limited food consumption on the incidence of hip dysplasia in growing dogs
- Davison L.J. et al. (2017) - The Canine POMC Gene, Obesity in Labrador Retrievers and Susceptibility to Diabetes Mellitus
- OptiGen (2011) - Eye Exams & Genetic Testing Help Breeders Reduce Blindness in Labradors